DEVENIR LA MUSE STAR D’UN PHOTOGRAPHE

J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux Casanovas, une image de ma sœur Virginie dans un château très connu de la région de Blois.
Cette image avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série.
C’est ce travail photographique qui déclencha chez elle le désir de travailler avec moi.
La couleur de la perruque que portait Virginie est… car personne ne le sait à ce jour… abricot…
Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur mon ordre et sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, réalisèrent cette couleur insensée. Cette couleur rousse est très différente de la couleur des cheveux de Mylène. Ce roux abricot est beaucoup plus vif.
Nous étions au printemps de l’année 1987.
Personne ne décida cela en particulier ou tout le monde peut-être. Pour ma part, discuter sur qui ou pourquoi n’est pas essentiel. Les échanges d’idées apportent de l’eau au moulin.
En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute. Nous en parlions. Mylène avait compris que cette nouvelle couleur était mieux que la sienne.
Je le lui ai confirmé et l’avis d’un proche est toujours essentiel.
Ce fut donc tout d’abord un simple coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris où j’avais conduit Mylène qui reproduisit cette teinture, photo en main.
Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seuls Michel Polnareff ou Claude François en France avaient compris avant elle l’importance du look pour un artiste et, de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff de même qu’un costume à paillettes nous fait penser à Cloclo. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer.
Nous étions toujours dans un studio rue des Acacias, mais cette fois dans le plus grand. Il y avait un portant plein de tenues plus belles les unes que les autres. Mylène était retournée chez le coiffeur la veille pour avoir une couleur rousse impeccable.
Nous fîmes une série avec un chemisier blanc et un fuseau noir, entre autres. C’est la plus connue car elle a été énormément publiée. Vêtue de cette tenue elle ressemblait à un toréador, éclatante et libérée.
Je n’avais pas encore de statut de photographe reconnu. Pour en être, il faut créer des images qui restent, qui ne passent pas avec le temps. Seul le noir et blanc a le pouvoir de fixer à jamais le souvenir d’un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Cary Grant, un Steve Mc Queen ou même un Zorro, faisant ainsi de ces géants des stars immortelles. Et permettant à son auteur d’entrer dans la cour des grands, tels Newton ou Doisneau.
Mylène était « ma » star, et je me devais de l’immortaliser. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous. A-t-elle un jour compris la valeur de ce présent que je lui offrais ?
Il s’agissait de mes premières grandes photos en noir et blanc. Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma, les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui Grace Kelly, Harry Baur ou Jean Gabin sans ces talents inouïs ? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio mythique. J’y ajoutai une touche personnelle à base de réflexion de miroirs, et j’obtins ainsi le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux. Toute cette sensualité qui s’en dégage est incroyable. Mylène a rarement donné autant d’elle-même dans une photo, c’est une invitation au rêve, au désir, ce sont les instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons.
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